Le logiciel est devenu un matériau.

3 min de lecturePar Patrick Thole

Pendant des décennies, le schéma n’a pas bougé. On loue un logiciel, on adapte l’entreprise au logiciel, on paie par utilisateur et par mois. Et s’il manque quelque chose, on attend la prochaine mise à jour de l’éditeur.

Ce modèle ne disparaît pas. Mais il perd son monopole. Le logiciel compte plus que jamais. Ce qui est nouveau, c’est la manière dont il naît, et qui il sert.

Le matériau

Il existe aujourd’hui des outils avec lesquels une entreprise façonne elle-même son système : elle construit, déplace, modifie, étend. Un processus de plus, un champ de plus, une analyse de plus. On le décrit, il existe. En jours, pas en années.

Le logiciel n’est plus un produit rigide que l’on loue. Il est devenu un matériau que l’on façonne à la mesure de son entreprise.

Ce n’est plus l’entreprise qui s’adapte au logiciel, c’est le logiciel qui s’adapte à l’entreprise. Cela renverse un rapport qui allait de soi depuis trente ans.

Alors tout le monde se met à construire ?

Non. Et c’est justement ce que l’enthousiasme oublie.

L’analyste Benedict Evans l’a récemment dit sans détour : la plupart des gens et des entreprises ne fabriquent pas d’outils. Ce n’est pas une question de technique. Les vraies raisons, on les voit dans chaque entreprise.

Vivre un problème tous les jours ne suffit pas à en faire un système que l’on saurait construire. À force d’emprunter le même détour, on finit par le prendre pour le chemin.

Maîtriser son métier ne suffit pas à définir ce qu’il faut construire. Savoir comment l’entreprise tourne ne dit rien de ce à quoi doit ressembler l’outil qui la soutient.

Et entre un prototype et un logiciel qui tient la charge chaque jour, il y a un monde. Données, intégration, sécurité, mise en service, entretien : c’est là que meurent la plupart des développements maison.

Le frein a changé de place

Les nouveaux outils abaissent le coût de la construction. Ils n’abaissent pas le coût du jugement.

La question n’est plus : pouvons-nous le construire ? La question est : savons-nous quoi construire ? Et la seconde est la plus difficile. Elle ne se trouve pas dans la technique, mais dans la mécanique de l’entreprise : là où les décisions calent, là où le savoir repose sur deux personnes, là où un processus ne tourne que parce que quelqu’un en compense les failles chaque jour.

Qui construit sans avoir répondu à cette question automatise ses détours. Plus vite que jamais.

Ce que cela signifie pour une entreprise

D’abord le frein, ensuite l’outil. Si construire est la réponse, alors on façonne l’outil à la mesure de l’entreprise, et non l’inverse. On le construit ensemble, et on le transmet à l’entreprise de façon qu’elle puisse le faire vivre seule. Aucune dépendance artificielle, aucune attente de la prochaine mise à jour.

Le matériau est là. Il n’a jamais été aussi bon.

La question n’est pas de savoir tout ce que l’on pourrait en faire. Elle est de savoir ce qui doit changer.

Patrick Thole, Disruption Dynamics, Zurich
disruption-dynamics.ch

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